Cette première journée de débat aux Communes a permis d'observer l'ampleur de la trêve conclue entre conservateurs et libéraux, qui sont parvenus à un compromis en mettant de l'eau dans leur vin.
Contrastant avec l'acrimonie habituelle des débats en Chambre entre le gouvernement et l'opposition officielle, le ton des échanges était, mardi, sans contredit conciliant, le ministre de la Défense Peter MacKay allant jusqu'à commencer son discours en chantant les louanges de l'ouverture manifestée par les libéraux.
Cette ouverture était aussi la marque de commerce lundi du chef libéral Stéphane Dion, qui réclame quelques précisions sur des aspects de la motion du gouvernement, mais qui se montre également bon joueur.
"Si le gouvernement offre des réponses raisonnables à nos questions et indique qu'il s'engage à respecter la lettre et l'esprit de cette motion, l'opposition officielle l'appuiera", a indiqué M. Dion dans son discours.
La semaine dernière, dans l'espoir de trouver un compromis, le gouvernement de Stephen Harper dévoilait une nouvelle motion sur la prolongation de la mission afghane. Cette nouvelle motion est un calque presque mot pour mot de celle présentée antérieurement par les libéraux.
Le Parti libéral demande donc des détails sur la poignée d'aspects qui ont été modifiés. Par exemple, la motion du gouvernement fait référence au principe de rotation des troupes, mais le libellé est différent de celui qu'on retrouvait dans la motion libérale.
Les libéraux, jusqu'à maintenant, ont toujours réclamé qu'après février 2009, les militaires canadiens soient remplacés dans leur rôle de combattants par des soldats alliés, leur permettant de se concentrer dans des rôles de formation des militaires et policiers afghans et d'aide au développement.
Questionné lors du débat, le ministre Peter MacKay a offert une interprétation différente du concept de rotation. Il a expliqué que, pour le gouvernement, rotation est synonyme de renforts et non pas de remplacement.
"Ce mot "rotation", à mon avis, veut dire renforcement", a affirmé M. MacKay.
Il croit donc que les 1000 soldats qu'un autre pays de l'OTAN devrait fournir à partir de février 2009 prêteront main forte aux Canadiens et ne les remplaceront pas.
Même cette différence ne semble pas offusquer le chef libéral qui ne cherchera pas à faire inscrire des précisions à la motion. "Il faut préciser ça mais on n'a pas besoin d'amendements puisque c'est ce que la motion dit. La motion dit clairement que ce sera une nouvelle mission de formation, de reconstruction et de sécurité", a fait valoir Stéphane Dion.
Outre ce principe de rotation, le Parti libéral aimerait connaître les raisons qui ont poussé le gouvernement à suggérer la fin de l'année 2011 comme date-butoir, plutôt que six mois plus tôt comme les libéraux le suggéraient.
Le vote sur la motion doit se tenir d'ici la fin du mois de mars, avant la tenue de la réunion des chefs d'Etat de l'OTAN début avril, en Roumanie. C'est lors de cette réunion que sera discuté l'avenir de la mission en Afghanistan.
Ce vote sera considéré comme une question de confiance envers le gouvernement Harper. Les conservateurs et les libéraux ont fait une démonstration claire qu'ils souhaitaient à tout prix éviter de lancer une campagne électorale sur la mission afghane.
Ce n'est pas la position du Bloc québécois et du Nouveau Parti démocratique (NPD).
"Nous sommes prêts à aller en élection sur cette question", a répété la critique bloquiste en matière d'affaires étrangères, Vivian Barbot.
Le Bloc réclame la fin de la mission canadienne en février 2009. Le NPD exige pour sa part le retrait immédiat des troupes.